MDS 2021 : jusqu'au bout de l'enfer !

MDS 2021 : jusqu'au bout de l'enfer !
MDS 2021 : jusqu'au bout de l'enfer !

Le MDS 2021 aura fait parlé de lui. Considéré comme l’une des courses les plus dures du monde, le marathon des Sables est aussi promu comme un course qui ne connait que 5% d’abandons. Mais pas pour cette 35ème édition…


Le MDS 2021 : une aventure humaine hors norme

Pour cette 35ème édition, plus de 650 coureurs provenant de 40 pays se sont retrouvés dans le désert marocain pour découvrir leurs limites. La mixité est grande, mais toutes les différences s'effacent sous le dossard, avec la même question qui revient: irai-je jusqu'au bout?

Pour moi, pas de doute. Après ma première participation au marathon des sables en 2019, je sais qu'aller au bout ne devrait pas être trop dur; il faudra juste gérer pour être en forme pour l'étape longue…

Après une longue journée de transport comprenant train, avion et bus, j'arrive au bivouac pour découvrir les membres de ma tente. Nous sommes sept sous la toile noire, à partager nos mêmes nuits sur un simple tapis posé à même le sol. Mick, le breton tatoué ; Max, le retraité au passif sportif impressionnant, Guillaume, l'entrepreneur venu découvrir les dunes de Merzouga, Seb, rédacteur pour Trail-Session, Florian, journaliste pour L'Equipe et Alain, le minimaliste.

Notre tente hétéroclite regarde les allers et retours d'Alain. Nous comprenons qu'il est venu avec un sac pratiquement vide. Il a 24 heures pour trouver tout le matériel obligatoire et nécessaire pour participer au MDS 2021, en plein milieu du désert… Outre cette approche minimaliste, il compte bien réaliser les 250km de la course en… tongs!

Il n'est pas le seul à s'être imposé de défis fous : on retrouve Loury, aventurier, qui compte réaliser ce MDS pieds nus. Ou encore, Nicolas qui sera chaussé d'espadrilles. Il y a aussi Olivier qui court avec l'objectif de produire 0 déchet; Katia, qui court pour sa fille trisomique ; Christian, qui participe à son 33ème MDS; et Amy, amputé d'une jambe et la première personne amputée à terminer le MDS, en 2019…

Bref, des dizaines et des dizaines de coureurs/coureuses sont venus pour une raison qui leur est propre. Et chacun contribue à la richesse de ce bivouac.

Départ du MDS 2021
Le départ du MDS 2021 approche

J-1 : Jour de contrôle pour le MDS 2021

La veille du départ, les coureurs ont rendez-vous avec les commissaires de course. Avant de récupérer leur dossard, le matériel obligatoire du MDS est contrôlé, ainsi que le poids du sac, l'ECG réalisé chez le cardiologue, et le certificat médical du médecin.

Forcément, Alain prend 200€ d'amende, 2h de pénalités et le droit de passer un ECG au service médical. Mick quand à lui, prend 200€ d'amende et 1h de pénalité pour les documents médicaux non conformes. Pour le reste de la tente, tout passe nickel.

Pour ma part, je découvre le poids de mon sac : 9,5kg. Beaucoup trop lourd ! Mais il faudra faire avec..

Le staff fixe ma balise GPS sur mon sac et me remet le tant attendu Roadbook. Pas de surprise, sauf pour l'étape longue. Ce sera l'étape mystère : toutes les informations seront données la veille de ce cours. Les pronostics sur cette étape vont bon train sur le bivouac, on parle même d'un 100 bornes !

Avec Patrick Bauer, quel plaisir de pouvoir enfin prendre le départ de cette 35ème édition!
Avec Patrick Bauer, quel plaisir de pouvoir enfin prendre le départ de cette 35ème édition!

Le reste de la journée sert à affiner sa prépa, prendre ses repères, échanger et apprendre à se connaître. On profite des derniers repas fournis par l’organisation avant d’attaquer les lyophilisés.

Le bivouac est à l'heure GMT, soit 2 heures de moins que l'heure française. Le soleil se couche tôt. Combinaison Le bivouac. A 21h, presque tout le monde dort…

MDS 2021 : c'est parti !

La fleur au fusil

Au départ du MDS 2021
Au départ du MDS 2021

Le jour J, c'est l'effervescence. Ca y est, sur y est! Après trois reportages, le MDS 2021 a enfin lieu pour fêter sa 35ème édition. Sur la ligne de départ, Patrick Bauer et le traducteur Guillaume, debouts sur le toit du 4×4 pour le premier briefing, ne cachent pas leur émotion.

Dans le peloton aussi, les sourires se perçoivent à traverser les masques portés dans le cadre de lutte contre la Covid. Highway to the Hell résonnent enfin dans le désert marocain et donne le départ. Les 650 concurrents peuvent enfin s'élancer. Moi, je suis ému et tout simplement content d'être là, prêt à en découdre. Prêt aussi à faire mieux qu’en 2019…

Dès les premières foulées pour cette étape de 32, km, le sac se fait 2 sentir sur les épaules, sur les foulées. Il faut trouver son rythme. J'essaie de trouver ma cadence, de ne pas partir trop vite. Bref, j'essaie de gérer.

Les premiers dunettes apparaissent. Ca y est, on y est. Le marathon des sables est lancé.

premières souffrances

MDS 2021 : une chaleur accablante
Progressivement, un paramètre non négligeable va apparaître: la chaleur

Progressivement, un paramètre non négligeable va apparaître: la chaleur extrême. Il fait chaud. De plus en plus chaud. Le soleil cogne. La température monte. Le vent du sud se réveille, soufflant un air chaud permanent. A partir du 1er CP, l'euphorie du départ à disparu. Les coureurs sont entrés dans leur bulle pour écouter leur corps, comprendre comment il réagit dans ce milieu extrême.

Moi, j'ai arrêté de courir. Je ne veux pas me cramer dès le départ. Ma marche est rapide et déterminée. Par contre, si je marche, c'est pour avancer. Je ne m'octroie pas de temps de pause, ni de récup'. Ce sera au bivouac après l'étape.

Malgré la marche, je lutte. La chaleur est insoutenable. On enregistrera un 52,8°c pour cette première journée (45°c à l'ombre) !

J'arrive en 49ème position après 4h15 de parcours. Je m'installe sous ma tente berbère déjà rincé après seulement une journée de course et la plus petite étape de la semaine. Je déchante. Ce sera bien plus dur que ce à quoi je m'attendais.

Amy Winters, quand a elle sera contrainte d'arrêter dès le CP1. Bien qu'elle ait terminé l'édition 2019, sa jambe artificielle ne supporte pas le sable et la chaleur de ce MDS 2021. Elle, et toute l'équipe Netflix qui l'accompagnait pour réaliser un documentaire sur elle pendant toute la semaine repartiront plus tôt que prévu. Comme 48% des coureurs sur l'ensemble de la course. La chaleur aura fait de nombreuses victimes.

Jour 2 – 32,5km : jour noir dans les dunes de Merzouga

Réveil difficile

Je me réveille, fatigué. J'ai mal dormi. La nuit a été chaude, et quand le vent à tourné pour être plus frais, il a fait voler du sable sous la tente. Mick, l'homme le plus rapide de la tente (il finira 16ème de l'épreuve) a encore moins bien dormi. Comme beaucoup d'autres coureurs du bivouac, il a été malade toute la nuit.

Après la préparation traditionnelle qui consiste à faire chauffer l'eau pour le petit déjeuner, à ranger le matos et à préparer celui de la course, nous apprenons l'hécatombe. Plus de 80 coureurs ont abandonné la veille. Aussi, la prudence est de mise aujourd'hui. C’est l’étape « Dunes », une traversée sableuse de 13km au cœur des plus hautes dunes du Maroc, les dunes de Merzouga.

C'est une étape attendue mais craint aujourd'hui. Car ça promet d'être très chaud. La prudence est de mise. Mon pote Sylvain, mon coloc’ de bivouac sur l’édition précédente et qui est à sa 11ème participation, ne va pas bien. Il a une tête de zombie. Lui aussi a été malade toute la nuit et a reçu 3 poches de perfusion. Il prend le départ mais il sait déjà qu'il s'arrêtera au 1er CP, n'ayant pas l'énergie pour affronter le massif désertique du jour.

Avec Sylvain, mon colocataire de l'édition 2019
Avec Sylvain, mon colocataire de l'édition 2019

Les dunes de Merzouga

Le départ lancé, je profite du vent du nord encore frais pour courir. L’approche des dunes est donc rapide et je rejoint le CP1 après 1h30 de course. Les choses sérieuses commencent. J’ai pris toute l’eau que j’ai pu et je pars à l’assaut de ces montagnes de sables. Progression la chaleur monte. Ma stratégie reste la même. Marcher vite sans trop faire monter la chaleur corporelle. Je m'asperge d'eau. Je bois régulièrement et je mange de temps en temps.

Au loin, les dunes de Merzouga
Au loin, les dunes de Merzouga

L'avancée est progressive mais finalement rapide. Je suis encore bien placé et je cours avec la 5ème ou 6ème féminine, une allemande qui se trouve à une cinquantaine de mètres de moi. Mais à 3 km du CP, elle s'arrête et s'assoit. Elle y assister. En m'approchant, je lui demande comment elle va. La fatigue la tenaille. Je lui dis de ne pas rester en plein soleil au milieu des dunes et qu'elle doit prendre son courage pour aller jusqu'au prochain CP, où elle sera mieux pour se reposer. Ce qu'elle fera quelques secondes après que je l'ai quittée.

Quand je rejoint le CP2, des coureurs jettent l'éponge. J'essaie de motiver un coureur marocain ; il ne reste plus que 6km. Mais je repars seul, laissant au bivouac ce participant, et les bruits des vomissements d'un autre coureur malade.

Descente de dune à Merzouga
Descente de dune à Merzouga

Les derniers kilomètres sont loin d'être faciles. Mais comme chaque cours, le même refrain revient : « un pas après l'autre ». Pourtant, même ce geste simple devient compliqué. Je suis obligé de ralentir la cadence, tant mes jambes surchauffent. J'arrive à peine à trotiner les derniers mètres pour franchir la ligne d'arrivée de cette seconde étape du MDS 2021. (48ème – 5h18).

Pour Christian, qui en est à sa 33ème participation, c'est dur aussi. On l'a vu se poser à l'arbre d'un arbre pour faire abaisser la température. Mais il a su repartir…

Les dromadaires serre-files
Les dromadaires serre-files

Soirée sombre

Les colocs de ma tente arrivent au compte-goutte. Au fil des heures, nous nous inquiétons pour Guillaume et Max qui n'arrivent toujours pas. A 19h, tous les concurrents du bivouac sont appelés, Patrick va prendre la parole. L'annonce qu'il a à faire est terrible. Un coureur, Pierre, est décédé aujourd'hui. La nouvelle est un véritable coup de masse.

Dans notre tente, nous restons abasourdis et inquiets. Toujours pas de nouvelles de Max et de Guillaume. Ce dernier arrive finalement 10min avant la barrière horaire. Max arrivera plus tard, après avoir été rattrapé par Camélus, le dromadaire serre-file de la course. C'est fini pour lui. Il n'en était pas à sa première édition. Mais ces conditions climatiques extrêmes et inattendues, et il l'avoue, son manque d'entraînement depuis le confinement, l'amènent à ne prendre aucun plaisir. Il n'a plus rien à prouver avec son immense CV sportif. Il quittera le bivouac le lendemain. Nous perdons un membre de notre tente.

Jour 3 : le MDS 2021 à berne – 37,1km

Un départ endeuillé

Le MDS 2021 endeuillé
Le MDS 2021 endeuillé

A mon réveil, j'entends de l'agitation à travers mes boules Quies. Max prépare ses affaires pour quitter le bivouac. Mais il n'est pas seul. Guillaume a été chamboulé par le décès de la veille. Il estime ne pas avoir les épaules pour affronter la suite, et dit avoir vécu ce qu'il rêvait : courir dans les dunes de Merzouga.

Nous perdons deux amis aujourd'hui. Et d'autres coureurs les accompagnants pour quitter l'aventure du MDS 2021.

Mais pour les 5 coureurs qui restent, il faut se préparer pour le départ. A 8h30 GMT, nous observons une minute de silence, la chanson d'AC/DC ne résonnera pas dans les enceintes. Quand le départ est lancé, ce sont tous les compagnons de la tente de Pierre qui marchent devant. Tout le peloton suit en marchant ainsi pendentif 500m. Puis les applaudissements retiennent en mémoire du « Frère des Sables ». Puis les coureurs s'élancent…

La course continue

La course continue...
La course continue…

J'ai ressenti hier, et ça se ressent aujourd'hui. Beaucoup de coureurs ont jeté l'éponge hier et ce matin. Je décide de lever encore le pied. D'autant plus que je viens de terminer 49ème et 48ème des étapes précédentes. Les 50 premiers des 3 premières étapes partiront 3 heures après les autres concurrents sur l'étape longue mystère du MDS 2021. Et si je peux éviter ce départ tardif, autant en profiter…

Il fait toujours aussi chaud, mais le corps s'habitue. La routine s'installe: avancer pas après pas, manger et boire régulièrement, s'asperger. Répéter. C'est ainsi que je termine cette 3ème étape en 5h48 et en 67ème position.

L'aventurier Loury quand à lui, termine sa course au CP2. Bien qu'habitué à courir pieds nus et aux milieux extrêmes, les entailles profondes dans ses pieds dues aux pierres chaudes obligent le service médical à ne pas le laisser repartir…

Katia, quand à elle, doit abandonner pour des ennuis de santé. Venue en équipe, Caroline et Delphine représenteront magnifiquement le projet qui l'avait généré dans le désert, à savoir représenter l'association T'Cap 21.

Pour Olivier aussi c'est terminé. Il jette l'éponge. Il préfère « arrêter la course au bout de ses forces, après des signaux d'alertes vitaux forts et des expériences sanitaires impensables ».

Découverte de l'étape mystère

La vie au bivouac est désormais bien établie
La vie au bivouac est désormais bien établie

A l'arrivée, on me remet le roadbook de l'étape mystère: ce sera un 82km très sableux, avec des passages aussi beaux que difficiles.

Au bivouac, l'ambiance est à la camaraderie. La bienveillance est partout. La vie au bivouac est bien établie. Dans notre tente, on rit, on se détend comme on peu. Le courrier transmis chaque après-midi est toujours attendu. Les encouragements écrits par les proches via l’interface du site du Marathon des Sables font du bien. Les mots pansent les maux.

Le soir, le classement des 50 premiers nous est transmis. C'est Seb qui reçoit la liste et éclate de rire. Je suis 50ème. Sept secondes devant le concurrent suivant. Demain, je partirai avec les élites !

Pas de soucis, Dorian me dit que ça me permettra de courir plus longtemps dans la fraîcheur de la nuit…

Jour 4 – le jour le plus long – 82km

En ligne pour le second départ

Départ pour la 1ère vague sur l'étape longue
Départ pour la 1ère vague sur l'étape longue

Branle bas de combat. C'est une grosse journée qui s'annonce et qui commence avec un départ à 8h. Enfin sauf pour moi. Je patiente dans l'une des 5 tentes encore en place avec les 50 coureurs qui prendront le départ à 11h. J'avoue que je ne fais pas le malin parmi ces champions.

Finalement, c'est sous la chaleur que je rejoint la ligne des 50 coureurs pour affronter l'étape longue. Je pars doucement. Les 20 premiers kilomètres s'enquillent bien. Puis sur les premières dunes, je sens le poids de la chaleur. Je retrouve Florian avec qui je marche dans le sable, puis je retrouve Seb au CP des 25km. Je continue en marchant vite. C'est long dans cette plaine sableuse et désertique, expose au vent chaud. Mes jambes cuisent.

Des jambes en feu

Une étape lonnnnngue
Une étape lonnnnngue

Avant le lac salé et asséché, je me pose à l'ombre de l'iunique arbre. Florian me propose de m’asperger les jambes avec son eau. Bien entendu, je refuse. L'eau est un bien précieux qu'il faut savoir préserver dans ce lieu avec les températures qui sévissent.

Je m'assoupis 10 minutes. Puis je répare. Au CP des 38km, j'essaie toujours de me rafraichir avec l'eau chaude qui nous est fournie. Ça me permet de bien repartir sur les 2 km suivants mais je suis vite de nouveau à l'agonie. Cette sensation dans les jambes est tout nouveau pour moi. Je n'avais jamais ressenti ça. J'ai l'image en tête de moi couper une belle tranche de jambe et qu'elle sera saignante comme j'aime! Avec une petite sauce ?…

Pour le moment, je me réconforte en me disant que la nuit va bientôt tomber et que la fraîcheur de la nuit sera salvatrice. En attendant, j'essaie de rattraper mes 2 compagnons.

Je marche vite et j'entraîne notre petite équipe. Quand Seb s'éloigne trop derrière, il se met à courir puis nous double en mimant et bruitant une locomotive à vapeur. Flo et moi nous accrochons alors péniblement mais suivons.

Le souffle de trop

KM50. Flo et Seb s'installent pour manger. Je mange un peu et je bois beaucoup. Je suis exténué. La nuit est tombée. Mais la chaleur est encore bien écrasante. Mes jambes brûlent encore de l'intérieur. 45 minutes de pose avant de repartir. Je pars avec Flo, Seb met toujours des plombes à se remettre en route. On avance ainsi pendentif 2km. Un vent chaud surgit soudain. C'est le souffle de trop. J'en ai marre. J'annonce à Flo que je jette l'éponge, que je fais demi-tour et que je rends mon dossard.

Flo, d'abord évoqué, commence à me raisonner. Il reste 8km. On se fait ensuite une bonne pause au CP avec pâtes carbo, et il ne restera plus qu'un semi à faire.

Dit comme ça, j'adhère au projet. Pourtant, je sais au fond de moi que ce ne sera pas une sinécure. Ces 30km restants sont essentiellement composés de sable. Avec une belle ascension bien raide avec corde pendant 700m, dans le sable, avec des pentes de 25%! Mais il y aura les pâtes carbo avant.

A trois, nous nous entraînons toujours pour courir. Dès qu'un de nous flanche, tout le monde se met au pas, rapide.

Dans les dunes, sous le soleil et la chaleur accablante
Dans les dunes, sous le soleil et la chaleur accablante

Plus qu'un semi !

Au CP5, on sort les Esbit pour allumer le feu, et la gamelle pour faire chauffer l'eau. Préparation des pâtes-carbo et dégustation. Les transats nous permettent de profiter pleinement de ce moment de pause. Seb, lui, va se reposer sous une tente. Je passerai ici ma plus longue pause de CP de ce MDS 2021 : 1heure !

Une fois prêts, je vais voir Seb pour lui dire qu'on se remet en route. Mais lui préfère encore se reposer. On négocie pour qu'il nous accompagne mais il veut encore dormir. En partie sans lui.

L'ascension tient toutes ses promesses de difficulté, mais ça permet aux muscles de changer d'effort. C'est pas si mal. Flo, le montagnard, y prend même un grand plaisir. Je double Nicolas Duplaa, toujours en espadrilles, qui galère un peu en fin de montée, mais qui est toujours dans la course. Quel talent !

Puis on rebascule dans un champs de pierres puis une ancienne voie romaine parsemée de roches. Enfin, le sable. Les bâtonnets lumineux verts qui sont alignés devant nous sont déprimants. Ils annoncent un long chemin avec des montées et descentes de petites dunes. Le parcours bien cassant.

Mais on arrive non sans mal au dernier CP.

Dernière ligne droite

C'est roulant nous dit-on. Oui, c'est plat. Mais c'est du sable. T’as déjà fait 10 bornes « roulant » dans du sable après 70 bornes ?! C'est notre fin de programme. Je marche vite. Flo court ou marche à mes côtés. Il a découvert une nouvelle technique pour avancer qui est loin d'être esthétique, mais qui est efficace. L'arche lumineuse est visible à 6km. On a l'impression qu'elle s'éloigne à chacun de nos pas. Mais finalement, après 17h40 de course, je boucle la longue avec Flo à mes côté. C'est la délivrance. Sans lui, je ne serai pas là !

Lorsque qu'on arrive à notre tente, Mick et Alain sont déjà là. On se raconte nos péripéties tout en préparant nos repas. Et Séb arrive alors, plein d'entrain, à peine 20 minutes après nous. La sieste lui a fait le plus grand bien. Il a couru sur la partie roulante…

Fatigués, nous nous endormons rapidement, avec la souhait d’une bonne grasse mat’ pour le lendemain.

Jour 5 – jour de repos pour les coureurs du MDS 2021

La distribution de canettes de Coca Fraîches : l'oasis dans notre journée !
La distribution de canettes de Coca fraîches : l'oasis dans notre journée !

Je suis réveillé à 6 heures. La chaleur nous étouffe déjà. Toute la journée, nous avons échoué comme des baleines sur notre matelas, sous la tente. Nous transpirons sans rien faire, las. Notre activité de la journée consiste à applaudir les arrivées aux bivouacs depuis notre tente, nous préparer les repas et boire. En fin de journée, l'orga nous propose quelques animations. D’abord, nous venons applaudir à l’arrivée les deux dernières concurrentes de l’étape longue. C'est émouvant ! Puis nous profitons d'une distribution de canettes de Coca fraîches. Nous nous rafraichissons même avec la glace qui maintenait les boissons aux frais, nous faisant une toilette rapide avec ces pierres froides.

Enfin, surprise de fin de soirée. Alors que le soleil se rapproche de l'horizon et que la pénombre s'installe sur le bivouac, nous profitons d'un concert réalisé par une partie de l'Opéra de Paris. Progressivement, on se détend, on se relâche. Toute la tension du corps pour lutter contre les éléments s'atténuent petit à petit. Ca fait du bien !

Quand l'Opéra de Paris s'invite sur le bivouac, c'est la détente assurée!
Quand l'Opéra de Paris s'invite sur le bivouac, c'est la détente assurée!

Jour 6 – Etape Marathon – 42,2km – Dernière étape chronométrée du MDS 2021

Un réveil matinal

Les
Les « survivants » de la tente 87

Je me réveille, et comme ma montre, je n'ai plus trop de batterie. Je suis nauséeux. L'envie de vomir me prévoit une journée bien pénible.

Aujourd'hui, les 150 premiers participants prennent le départ dans une seconde vague pour cette épreuve marathon de MDS 2021. trop exposer à la chaleur les coureurs de la seconde vague.

Ce qui fait plaisir, c'est que toute notre tente 87 part en seconde vague. On immortalise ainsi ce dernier départ chronométré avant de nous diriger vers la ligne de départ.

Au son de Highway to Hell, je pars et je me positionne dans la première partie du peloton afin de me caler derrière un coureur. Les nausées sont toujours présentes, et la sacoche ventrale qui tape sur le bide à chaque foulée n'arrange rien.

Ma stratégie est simple : courir le plus possible avant de vomir. Ensuite, sur avisera.

Pour le moment, le vent vient du nord. Il n'est donc pas chaud. Mais sur cette première partie de course, il est de face et il souffle bien. Me planquer derrière un coureur est donc une bonne option pour me tirer et motiver à courir, mais aussi me protéger du souffle constant du désert.

Une étape moins chaude

Dernière crête du MDS 2021 avant de filer vers l'arrivée !
Dernière crête du MDS 2021 avant de filer vers l'arrivée !

Finalement, les kilomètres défilent. Je me sépare de mon binôme. Les nausées sont moins fortes, les jambes sont dures, mais j'arrive à courir. Je lève même le nez pour profiter du paysage. On a droit à nos traditionnelles dunes qui coupent un peu l'allure, mais je relance derrière. Les pas s'enchaînent, et le vent du nord qui se nourrissent nous aide pour beaucoup de coureurs, à maintenir une allure de course.

Je m'hydrate et je m'arrose toujours aussi régulièrement. La routine est désormais bien installée. J'arrive à chaque CP en terminant mon eau; une gestion hydrique parfaite!

J'ai mis ma Garmin Fénix Solar Pro en mode économie d'énergie. Du coup, le kilométrage affiché est moins précis. A chaque CP, j'ai de l'avance. Et quand sur la dernière crête je vois la ligne d'arrivée, mentalement ça fait du bien car ma montre m'annonçait 2km de plus que prévu à courir.

Je file sans m’arrêter jusqu’à la ligne d’arrivée où m’attend Patrick Bauer, afin de me remettre la médaille du MDS 2021 (66ème – 5h34) ! Je suis content, ému, fatigué, épuisé. Toutes les images de cette édition se bousculent dans ma tête. Que d'émotions !

Je termine donc ce MDS en 56ème position sur les 650 participants avec un chrono de 38h37.

Mes colocataires de la semaine seront aussi heureux que moi de leur performance, et de leur course du jour.

Mais la récupération est difficile pour moi. Je n'ai pas faim. Je me forcerai juste à dîner.

Finisseur de ce MDS 2021 ultra difficile
Finisseur de ce MDS 2021 ultra difficile

Une dernière nuit au bivouac chaotique

La dernière nuit au bivouac sera un enfer. Je me réveille à 23h avec une diahrée. Chaque heure, je dois me lever avec mon « sac à caca » pour pouvoir me vider. A 2h du mat’, je me rends chez les Doctrotters. Un médecin me prend en charge et me donne des médicaments. Je lui avoue mon stress, non pas pour l'étape solidaire de demain, mais pour les 5h de bus nous permettant de rejoindre Ouarzazate. Une petite gélule supplémentaire au cas où ça ne passe pas devrait faire l'affaire. J’arrive ainsi à dormir d’une traite entre 4 et 6h du mat’.

Jour 7 – Etape solidaire – 8,5km – Dernière étape du MDS 2021

Ce dernier jour pour la tente est compliquée. Moi, je suis malade. Mais avec les médocs, je suis serein.

Alain, qui a fait toute le cours en pinces, une blessure au niveau du gros orteil. Il échange ses chaussures minimalistes avec Flo. Du 42 contre du 46, ce n'est pas ce qui a de plus évident en troc. Mais pour Alain, l'espace dans les chaussures est idéal, et Flo arrivera à trouver une paire de sandales à sa taille sur le bivouac.

Sébastien, quand à lui, a les pieds complètement cloqués. Il prend mon Opinel pour ouvrir ses chaussures sur l'arrière et libérer la pression.

Mick, lui qui a fini 16ème, est en pleine forme.

La course solidaire n'est donc pas chronométrée, mais elle est obligatoire. Sans ça, pas de classement officiel. Beaucoup de coureurs ont demandé à ne pas la faire, mais c'est éliminatoire.

Nous partons pour une marche en mode « tente ». Très vite, Mick partie devant. Seb, quand à lui, marche à petits pas, et s'éloigne petit à petit derrière nous. Nous échangeons, discussions avec les personnes que nous avons rencontrées pendant la semaine, concurrents comme bénévoles. Nous nous félicitons tous.

Cette marche nous permet de relâcher la pression et de renouer progressivement avec la civilisation.

Plus tard, à l'hôtel, quelle joie de retrouver le chant des oiseaux. Dans le désert, peu de vie. Et pour ce MDS 2021, la chaleur nous a donné l'impression d'être aux portes de l'enfer. Mais nous en sommes revenus. Moi, et 52% des partants. Christian aussi boucle non sans mal fils 33ème MDS; et Nicolas rentrera au pays basque avec ses espadrilles et la médaille autour du cou.

MDS 2021 : jusqu'au bout de l'enfer !
MDS 2021 : jusqu'au bout de l'enfer !

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